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Par:
Philip Szporer (PS)
Animatrice : Johane Despins (JD)
"Une
chorégraphie-concert grâce à la compagnie Van Grimde
Corps Secrets"
JD
[Nous venons d'écouter] Piano solo [de] Marie-Hélène
Fournier, musicienne-compositrice qui travaille aux côtés
d'Isabelle Van Grimde. Isabelle Van Grimde était avec nous la semaine
dernière pour nous parler de cette nouvelle création SAETTA.
Philip Szporer vous avez assisté à cette production qui
est présentée dans un deuxième temps à l'Agora
de la danse.
PS
Exactement, pour une autre semaine. Et je pourrais dire qu'Isabelle Van
Grimde cette fois-ci créée vraiment une poésie de
mouvements. J'ai vraiment aimé ce qu'elle a fait ici. C'est une
chorégraphie-concert qu'elle présente. C'est une belle économie
de moyens, je pourrais dire, très efficace. Elle utilise l'espace,
tout l'espace, en fait, d'une façon très très intéressante.
Ici, comme d'habitude, on voit l'important lien avec la musique. C'est
la base à ce quelle fait comme création d'habitude. Ici,
il n'y a pas de questions, c'est en évidence. La création
musicale contemporaine qu'on a entendu de la compositrice française
Marie-Hélène Fournier est une pièce pour six interprètes.
On voit sur scène quatre danseurs et deux musiciens. Et quand je
dis sur scène, ils sont vraiment sur scène. Ils prennent
leur place, les musiciens. Ce ne sont pas uniquement les danseurs qui
sont en avant, au premier plan. Vraiment, il y a un rapport, un lien entre
la musique et la danse, et l'une renforce l'autre.
JD
Oui, Isabelle Van Grimde nous disait que Marie-Hélène Fournier
travaillait à partir du mouvement des danseurs et qu'elle s'est
inspiré des gestes des interprètes musicaux sur scène.
PS
Et pour les spectateurs c'est tellement satisfaisant de voir cette cohésion,
cette conversation qui se tient entre l'une et l'autre. Et c'est rare
de voir la musique live, en direct, sur scène. Une pianiste et
un violoncelliste sur scène, c'est quelque chose d'écouter
ça et de voir ça dans un spectacle dansant. Alors, ils sont
à l'écoute.
Isabelle Van Grimde en a parlé, Saetta veut dire flèche
en italien. Alors cette idée de trajectoire est tellement importante
dans ce qu'on voit sur scène. Il y a une racine latine pour ça
aussi. C'est le sagittaire, le lien avec le cheval. Alors, il y a toute
une référence à une précision, une référence
aussi peut-être à un primitivisme qui est attaché
au sagittaire. Je trouve que comment ça se traduit dans un vocabulaire
plus physique, ça c'est quelque à voir, quelque chose à
demander où est-ce qu'on voit quelque chose de littéral.
Pas partout, c'est plutôt abstrait ce quelle fait.
JD
Mais elle parlait de l'importance du bas du corps dans les mouvements
des jambes, du tronc qu'elle allait encore exploiter. Est-ce que c'est
d'une évidence pour le spectateur ?
PS
Oui ! Et j'ai remarqué, parce qu'elle est ici depuis 1981 et que
j'ai déjà vu plusieurs de ses pièces, il y a plusieurs
liens avec tout ce qu'elle a fait antérieurement. Disons, les bras
tendus à angle droit, les jeux des jambes droites, tous ces accents
sur la démarche des danseurs, tout ce qu'on voit dans le plexus,
dans le torse, mais aussi dans bassin, comment le bassin est intégré
dans tout ça. Elle sculpte l'espace et j'adore voir comment se
traduit cette idée de trajectoire en des mouvements très
précis, en un vocabulaire qui est très particulier. Ce n'est
pas quelque chose qu'on voit ailleurs. C'est vraiment Van Grimde qui a
quelque chose de particulier.
JD
(
)
PS
Et le nom de sa compagnie Van Grimde Corps Secrets ! C'est vraiment exactement
ce qu'on voit sur scène. Ce qui est vécu dans ces corps
secrets. D'être voyeur à tout ça, ou participant à
tout ça, c'est intrigant.
JD
Vous me dites que l'éclairage a une place très importante
aussi dans cette place de voyeur.
PS
Oui, exactement. J'ai été vraiment étonné
de voir à quel point ça fonctionne avec tellement d'efficacité
Et quand je dis ça, ce n'est pas quelque chose de péjoratif.
C'est vraiment cette efficacité de Philippe Dupeyroux. Il fragmente
l'espace avec l'éclairage. Encore une fois, on voit cette idée
de trajectoire dans cet éclairage. Il y a une géométrie
qui s'incarne dans les corps mais c'est aussi exploré dans l'espace.
Ca veut dire qu'on voit des puits de lumière, par exemple, mais
ils sont directs, ils nous amènent quelque part. Il travaille avec
un plancher blanc, des canevas sur les murs blancs. Alors, il ne travaille
jamais avec une théâtralité dans son langage mais
effectivement avec toute cette conception globale. On voit que c'est très
dramatique en fait. Il y a une théâtralité qui est
acheminée avec tout cet autre travail qui est fait. Il y a une
abstraction, mais ce n'est jamais froid. Vraiment, ils nous transportent
avec ce voyage.
AA (Aline Apolstolska)
C'est marrant parce que Philippe Dupeyroux, il est beaucoup là
en ce moment. C'est l'éclairagiste d'Iréni Stamou attitré.
PS
J'ai été à un spectacle de jeunes chorégraphes
cette fin de semaine. Il travaille avec les plus grands noms.
AA
Y compris Motaz Kabbani. C'est vraiment très très différent
comme univers. Il arrive à se couler dedans.
PS
Alors il y a une grande écoute entre, disons, le monsieur qui fait
l'éclairage, mais aussi avec la compositrice, aussi avec la chorégraphe,
des petits détails, comme les costumes qui sont éventrés.
On voit beaucoup plus les jambes. Alors ça devient très
très intéressant parce qu'elle fait beaucoup de travail.
Je veux juste souligner aussi parce que c'est très important de
dire, les interprètes, ils sont magnifiques et dynamiques. Alors
il y a Robert Meilleur, Erin Flynn, Chanti Wadge qu'on a vu récemment
dans le spectacle de Jane Mappin, ainsi que Brianna Lombardo.
JD
Ils viennent un peu partout du Canada.
PS
Exactement, et je trouve que la sélection qu'elle a faite : vraiment
elle cherche les gens qui puissent faire son travail, qui puissent pas
simplement adapter, mais incarner son langage. Deux musiciens de la France,
le violoncelliste Alexis Descharmes et la pianiste Yukari Bertocchi-Hamada.
Alors, on voit une vitesse dans ce mouvement, une énergie bridée,
des pas très rapides, mais assez complexes, alors un vocabulaire
et un langage assez viscéral. Elle compose vraiment dans des sections
de corps, des variations, des dimensions qui s'accumulent. Travail solo,
travail duo, travail de groupe, en fait, une soirée assez satisfaisante.
Et ça va être à l'Agora cette semaine jusqu'à
samedi. Mais il y a une tournée complète à Lennoxville,
Québec, Baie-Comeau, Sainte-Geneviève dans les jours qui
viennent. Aussi, elle lance aussi une tournée en France.
JD
Mais c'est déjà très important comme tournée
en danse au Québec. Il faut absolument le saluer. Alors ces dates
se retrouveront éventuellement sur le site de l'émission.
Mais pour cette semaine, c'est à compter de mercredi jusqu'à
samedi. Merci beaucoup Philip.
PS
Merci beaucoup.
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