Radio-Canada, Aux Arts Etc...
Montréal (Québec), Canada
10 novembre 2003


Par: Philip Szporer (PS)
Animatrice : Johane Despins (JD)

"Une chorégraphie-concert grâce à la compagnie Van Grimde Corps Secrets"

JD
[Nous venons d'écouter] Piano solo [de] Marie-Hélène Fournier, musicienne-compositrice qui travaille aux côtés d'Isabelle Van Grimde. Isabelle Van Grimde était avec nous la semaine dernière pour nous parler de cette nouvelle création SAETTA. Philip Szporer vous avez assisté à cette production qui est présentée dans un deuxième temps à l'Agora de la danse.

PS
Exactement, pour une autre semaine. Et je pourrais dire qu'Isabelle Van Grimde cette fois-ci créée vraiment une poésie de mouvements. J'ai vraiment aimé ce qu'elle a fait ici. C'est une chorégraphie-concert qu'elle présente. C'est une belle économie de moyens, je pourrais dire, très efficace. Elle utilise l'espace, tout l'espace, en fait, d'une façon très très intéressante. Ici, comme d'habitude, on voit l'important lien avec la musique. C'est la base à ce quelle fait comme création d'habitude. Ici, il n'y a pas de questions, c'est en évidence. La création musicale contemporaine qu'on a entendu de la compositrice française Marie-Hélène Fournier est une pièce pour six interprètes. On voit sur scène quatre danseurs et deux musiciens. Et quand je dis sur scène, ils sont vraiment sur scène. Ils prennent leur place, les musiciens. Ce ne sont pas uniquement les danseurs qui sont en avant, au premier plan. Vraiment, il y a un rapport, un lien entre la musique et la danse, et l'une renforce l'autre.

JD
Oui, Isabelle Van Grimde nous disait que Marie-Hélène Fournier travaillait à partir du mouvement des danseurs et qu'elle s'est inspiré des gestes des interprètes musicaux sur scène.

PS
Et pour les spectateurs c'est tellement satisfaisant de voir cette cohésion, cette conversation qui se tient entre l'une et l'autre. Et c'est rare de voir la musique live, en direct, sur scène. Une pianiste et un violoncelliste sur scène, c'est quelque chose d'écouter ça et de voir ça dans un spectacle dansant. Alors, ils sont à l'écoute.
Isabelle Van Grimde en a parlé, Saetta veut dire flèche en italien. Alors cette idée de trajectoire est tellement importante dans ce qu'on voit sur scène. Il y a une racine latine pour ça aussi. C'est le sagittaire, le lien avec le cheval. Alors, il y a toute une référence à une précision, une référence aussi peut-être à un primitivisme qui est attaché au sagittaire. Je trouve que comment ça se traduit dans un vocabulaire plus physique, ça c'est quelque à voir, quelque chose à demander où est-ce qu'on voit quelque chose de littéral. Pas partout, c'est plutôt abstrait ce quelle fait.

 

JD
Mais elle parlait de l'importance du bas du corps dans les mouvements des jambes, du tronc qu'elle allait encore exploiter. Est-ce que c'est d'une évidence pour le spectateur ?

PS
Oui ! Et j'ai remarqué, parce qu'elle est ici depuis 1981 et que j'ai déjà vu plusieurs de ses pièces, il y a plusieurs liens avec tout ce qu'elle a fait antérieurement. Disons, les bras tendus à angle droit, les jeux des jambes droites, tous ces accents sur la démarche des danseurs, tout ce qu'on voit dans le plexus, dans le torse, mais aussi dans bassin, comment le bassin est intégré dans tout ça. Elle sculpte l'espace et j'adore voir comment se traduit cette idée de trajectoire en des mouvements très précis, en un vocabulaire qui est très particulier. Ce n'est pas quelque chose qu'on voit ailleurs. C'est vraiment Van Grimde qui a quelque chose de particulier.

JD
(…)

PS
Et le nom de sa compagnie Van Grimde Corps Secrets ! C'est vraiment exactement ce qu'on voit sur scène. Ce qui est vécu dans ces corps secrets. D'être voyeur à tout ça, ou participant à tout ça, c'est intrigant.

JD
Vous me dites que l'éclairage a une place très importante aussi dans cette place de voyeur.

PS
Oui, exactement. J'ai été vraiment étonné de voir à quel point ça fonctionne avec tellement d'efficacité Et quand je dis ça, ce n'est pas quelque chose de péjoratif. C'est vraiment cette efficacité de Philippe Dupeyroux. Il fragmente l'espace avec l'éclairage. Encore une fois, on voit cette idée de trajectoire dans cet éclairage. Il y a une géométrie qui s'incarne dans les corps mais c'est aussi exploré dans l'espace. Ca veut dire qu'on voit des puits de lumière, par exemple, mais ils sont directs, ils nous amènent quelque part. Il travaille avec un plancher blanc, des canevas sur les murs blancs. Alors, il ne travaille jamais avec une théâtralité dans son langage mais effectivement avec toute cette conception globale. On voit que c'est très dramatique en fait. Il y a une théâtralité qui est acheminée avec tout cet autre travail qui est fait. Il y a une abstraction, mais ce n'est jamais froid. Vraiment, ils nous transportent avec ce voyage.

AA (Aline Apolstolska)
C'est marrant parce que Philippe Dupeyroux, il est beaucoup là en ce moment. C'est l'éclairagiste d'Iréni Stamou attitré.

PS
J'ai été à un spectacle de jeunes chorégraphes cette fin de semaine. Il travaille avec les plus grands noms.

AA
Y compris Motaz Kabbani. C'est vraiment très très différent comme univers. Il arrive à se couler dedans.

PS
Alors il y a une grande écoute entre, disons, le monsieur qui fait l'éclairage, mais aussi avec la compositrice, aussi avec la chorégraphe, des petits détails, comme les costumes qui sont éventrés. On voit beaucoup plus les jambes. Alors ça devient très très intéressant parce qu'elle fait beaucoup de travail. Je veux juste souligner aussi parce que c'est très important de dire, les interprètes, ils sont magnifiques et dynamiques. Alors il y a Robert Meilleur, Erin Flynn, Chanti Wadge qu'on a vu récemment dans le spectacle de Jane Mappin, ainsi que Brianna Lombardo.

JD
Ils viennent un peu partout du Canada.

PS
Exactement, et je trouve que la sélection qu'elle a faite : vraiment elle cherche les gens qui puissent faire son travail, qui puissent pas simplement adapter, mais incarner son langage. Deux musiciens de la France, le violoncelliste Alexis Descharmes et la pianiste Yukari Bertocchi-Hamada. Alors, on voit une vitesse dans ce mouvement, une énergie bridée, des pas très rapides, mais assez complexes, alors un vocabulaire et un langage assez viscéral. Elle compose vraiment dans des sections de corps, des variations, des dimensions qui s'accumulent. Travail solo, travail duo, travail de groupe, en fait, une soirée assez satisfaisante. Et ça va être à l'Agora cette semaine jusqu'à samedi. Mais il y a une tournée complète à Lennoxville, Québec, Baie-Comeau, Sainte-Geneviève dans les jours qui viennent. Aussi, elle lance aussi une tournée en France.

JD
Mais c'est déjà très important comme tournée en danse au Québec. Il faut absolument le saluer. Alors ces dates se retrouveront éventuellement sur le site de l'émission. Mais pour cette semaine, c'est à compter de mercredi jusqu'à samedi. Merci beaucoup Philip.

PS
Merci beaucoup.